En route vers Tougué !

Une fleur de Tougué

Une fleur de Tougué

Depuis longtemps, je rêvais de ce voyage et il me fallut un an pour le préparer, car tous les renseignements qui m’ont été donnés ici et là insistaient sur un point : un tel voyage ne s’improvisait pas. Maman était l’une des plus réticentes à l’idée que je parte au village…

Malgré toutes les mises en garde, je décidais à me rendre à Tougué en voiture.

L’Afrique a ses valeurs, ses mystères que le monde occidental ignore ou du moins décide d’ignorer. Mais nous, enfants du pays, savons très pertinemment de quoi il s’agit : sorcellerie et magie noire ; d’où les inquiétudes de maman !

Un matin, j’embarquais dans un taxi impressionnant. Vu de l’intérieur, cette voiture ne m’inspirait guère confiance. Pour vu que son moteur tienne le coup, en tout cas une panne en pleine brousse serait le pire scénario que je pouvais m’imaginer et serait ainsi une confirmation de toutes les mises en gardes que j’ai reçu ici et là. « Des contes pour enfants ! », me rassurais-je intérieurement.

Un nuage de fumée s’éleva et notre voiture s’éloigna. Je voyais de loin maman debout, les yeux pleins de larmes. Je partais, le cœur lourd…

Quand nous arrivâmes à la route nationale, je me senti des ailes. La traversée de la basse-côte, l’arrivée à Mamou, la « ville-carrefour », me procura un grand plaisir. Un magnifique paysage, une nature verte à perte de vue. Rien d’autre ne m’intéressait.

De longues heures se sont écoulées ainsi pendant lesquelles s’alternaient plaines boisées, plateaux verdoyant et massifs montagneux. Finalement, nous fîmes halte à la sortie de Mamou en fin de soirée pour manger et se dégourdir les jambes. La route est longue et nous en étions au dernier quart restant ! Jusque là il n’y a pas eu un incident de parcourt et la route bitumée était praticable malgré les nids-de-poule…

Les vendeuses attendaient notre arrivée. Elles nous présentaient toutes sortes de nourritures. Il y en avait pour tous les goûts. Chacun se dirige vers la salle à manger. C’est une vaste salle décorée de guirlandes, éclairée par des lustres et meublée de chaises et de petits bancs fixés à des tables. Celles-ci (les tables), étaient couvertes de nappes de tissus traditionnels et garnies de couverts en plastiques, majoritairement. Après le repas, les plus courageux d’entre nous se retrouvaient dehors pour prendre l’air et marcher un peu ; les moins courageux restaient sur place comme après une rupture de jeun ou comme un bon match de football. La fatigue se lisait sur tous les visages.

Quelques instants plus-tard nous voici de nouveau sur la route, décidés à terminer notre parcourt, le soleil s’était couché. Pendant notre escale, les autres véhicules nous avaient rejoins et ensemble nous formions un immense convoi. Le reste du parcourt n’était pas sécurisant. En effet, la route était non bitumée et elle est traversée par de nombreux cours d’eau, ce qui la rendait impraticable. La progression était très pénible et il fallait se retrousser les manches en cas d’enlisement d’un des véhicules du convoi. Une seule règle était d’actualité : « on ne laisse personne derrière ».

Ce voyage me révéla toute la vérité, car pour la première fois de ma vie, j’entendais parler de l’existence des coupeurs de routes, ici en Guinée. Mon cœur ratait un battement et j’en ai eu la chaire-de-poule ! Mais, notre convois qui était « fort » d’une vingtaine de véhicules faisait trembler toute la montagne lors de notre passage et cela me rassurai beaucoup : l’union fait la force !

Pendant la traversée, des amitiés se nouèrent, on promet de s’écrire, de se téléphoner, de se revoir ; promesse aussitôt oubliées car chacun est bientôt pris par de nouvelles occupations quotidiennes et ne se souvient plus de ses compagnons de route. La plupart d’entre eux ont rejoint un village voisin et les rares rencontres ont lieu à la ville à l’occasion du marché hebdomadaire.

Ce sont des moments que l’on oublie pas. J’avais réalisé un de mes (nombreux) rêves et je me sentais une âme de héro en arrivant à Tougué.

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