Alpha Oumar Baldé

Mutilations génitales féminines : c’est quoi et pourquoi persistent-elles dans nos sociétés ?

Fillette allongée sur les genoux d'une dame
Photo by Pablo via Iwaria

Chaque année, malgré les progrès réalisés dans le domaine de la lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF) dans le monde et notamment en Guinée, ce sont près de 4 millions de jeunes filles qui continuent de subir ces pratiques néfastes pour leur santé. Et les prédictions s’annoncent très mal. En effet, on estime à 4,6 millions le nombre de filles qui seront victimes de ces pratiques d’ici l’année 2030. Mais d’où vient cette persistance et surtout pourquoi les MGF continuent encore d’être pratiquées dans nos sociétés dites « modernes » ? Question très pertinente, mais avant tout une petite définition des MGF s’impose…

Alors c’est quoi les MGF ?

Selon l’UNICEF : « les mutilations génitales féminines désignent toutes les interventions aboutissant à l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou toute autre mutilation des organes génitaux féminins pratiquées pour des raisons non médicales. »

Ainsi, parmi ces pratiques, on peut citer entre autres :

– l’ablation partielle ou totale du gland du clitoris ;

– l’ablation des petites ou des grandes lèvres ;

– l’infibulation qui consiste à coudre les petites ou les grandes lèvres pour ne laisser que le méat urinaire.

Les MGF ont la peau dure, et pas que !

Longtemps considérées par nos sociétés comme un rite de passage ou encore comme une condition préalable au mariage, les MGF sont des pratiques intimement liées à la tradition. Et de ce fait, certaines personnes pensent à tort que les MGF sont aussi des pratiques « religieuses ».

En Guinée, une fille qui n’est pas excisée se sent encore exclue de sa société. Elle se sentira marginalisée ou stigmatisée par ses amies et sa communauté. Les parents des jeunes filles doivent choisir entre suivre les us et coutumes de leurs aïeux ou l’abandon de ces pratiques avec la peur d’être mis à l’écart de leurs sociétés.

Que dit la loi guinéenne à propos de ces pratiques ?

En Guinée, l’article 407 du code de l’enfant prévoit que : « quiconque, par des méthodes traditionnelles ou modernes, aura pratiqué ou favorisé les mutilations génitales féminines ou y aura participé, se rend coupable de violence volontaires sur la personne de l’excisée.

Tout acte de cette nature est puni d’un emprisonnement de trois mois à deux ans et d’une amende de 300 000 à 1 000 000 de francs guinéens ou de l’une de ces deux peines seulement.

Les ascendants ou toutes autre personne ayant autorisé sur l’Enfant ou en ayant la garde qui auront autorisé la mutilation génitale féminine seront punis du des mêmes peines que les auteurs. »

Pourtant des pistes de solutions sont déjà proposées et appliquées…

En Guinée, à l’instar de tous les pays qui pratiquent encore les MGF, les pistes de solutions ont été proposées par les ONG et les gouvernements. Parmi celles-ci il y a la sensibilisation et l’éducation des populations à la base.

Ainsi, certaines communautés qui pratiquaient l’excision ont choisi d’abandonner librement cette pratique après avoir été sensibilisée sur les méfaits des MGF sur la santé. Des cérémonies de « dépôt de couteaux » sont alors organisées par les exciseuses, ce qui motive d’autres communautés voisines à emboîter le pas.

Longtemps considérées comme normales, les MGF sont de plus en plus dénoncées et condamnées. Malgré les dispositions prévues par la loi guinéenne, les MGF continuent d’être pratiquées en Guinée. Les peines encourues par les auteurs de ces crimes ne semblent pas les inquiéter. Et en parlant de peines, très souvent les auteurs de ces crimes ne sont pas du tout inquiétés dans nos sociétés. Il reste à savoir jusqu’à quand s’arrêteront définitivement ces pratiques dans nos communautés ?!


Éducation : La sixième 6ème assemblée annuelle de Winden Jangen Adlam Guinée se tiendra à Kindia

Winden Jangen Adlam, CC

Organisée par L’Association Winden Jangen Adlam-Guinée, la 6ème assemblée annuelle de l’écriture ADLAM se tiendra du 26 au 28 Décembre 2021 à la Maison des jeunes de Kindia.

L’ADLAM est un système d’écriture originale reconnu par l’État à travers plusieurs départements ministériels comme celui de l’Enseignement Pré-Universitaire et de l’Alphabétisation, celui de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, ainsi que celui de l’administration du territoire et de la décentralisation.

Sur le plan extérieur, les institutions ainsi que des ONG telles que la commission nationale de l’UNESCO, l’Institut de Recherche linguistique Appliquée (IRLA), UNICOD Inter, Microsoft, l’université de Harvard et plusieurs pays africains et internationales, le reconnaissent et apprécient son importance et son originalité dans l’éducation et l’enseignement.

ADLAM a enregistré une avancée fulgurante dans le domaine de l’enseignement, des technologies de
l’information et de la communication. Il est intégré dans le système Android, Apple et Microsoft.
Cette rencontre est une série d’activités de formations, de sensibilisations, de vulgarisations, ainsi que de partage entre les différentes sections d’Adlam et dans une communion parfaite avec la population de
KANIA.

Au menu de ces 3 jours d’activités prévues par l’association, il y aura entre autres : des sessions de formations et d’apprentissage de l’Adlam, du sport, des sensibilisations, de dédicace et exposition d’ouvrages en Poular et aussi conférences débats.


[vidéo] Comment éviter d’être contaminé par la Covid-19 ?

Pour éviter d’être contaminé par la Covid-19 il faut se laver régulièrement les mains.

Pour cela nous pouvons utiliser de l’eau et du savon, ou de l’eau de javel ou encore du gel hydro-alcoolique.

Il faut porter correctement son masque. Le port du masque permet d’éviter d’émettre des postillons quand on parle ou quand on éternue.

Il faut aussi pratiquer la distanciation en évitant de se serrer les mains et en maintenant une distance entre nous.

Toussons et éternuons dans le coude !

Enfin, vaccinons-nous, le vaccin contre la Covid-19 existe depuis des mois et protège efficacement contre les méfaits de cette maladie.


TLP Guinée célèbre le 73ème anniversaire de la journée internationale des droits de l’homme

Photo: Alpha Oumar Baldé CC

La Journée des droits de l’homme est célébrée chaque année le 10 décembre, jour anniversaire de l’adoption en 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
C’est dans ce cadre que le mouvement citoyen Tournons La Page (TLP) Guinée a organisé un panel sur les droits de l’homme au sein de l’Université Nongo de Conakry (UNC). Ce panel qui était axé sur le thème : « Quelle place pour la jeunesse dans le processus de la transition politique en cours pour l’avènement d’un véritable état de droit ? » a connu la participation de nombreux étudiants et a été animé par d’éminentes personnalités à savoir : Docteur Ramadan Diallo, directeur exécutif adjoint du Centre International de Recherche et de Documentation (CIRD) et Maître Almany Samory Traoré, avocat d’affaire chez Sylla and Partner, enseignant chercheur à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia (UGLC-S).
Pendant les échanges, plusieurs questions ont été débattues dont voici l’essentiel…


Le processus de démocratisation de la Guinée


Prenant la parole, Maître Almany Samory Traoré a apporté plus de précision sur la notion de démocratie : « Il s’agit d’un processus par lequel un régime politique ou une institution s’efforce à mettre en pratique les principes démocratiques. Ces principes sont la bonne gouvernance, l’organisation des élections libres et transparentes, la lutte contre la corruption et surtout la lutte contre l’impunité. » Poursuivant, il a affirmé qu’il ne faut pas se limiter à ces questions-là pour parler d’une bonne démocratie, il faut également parler des questions de droits de l’homme et de l’alternance politique car c’est un élément essentiel de la démocratisation de ce pays.


Quelle place pour la jeunesse dans le processus de transition en cours pour l’avènement d’un véritable état de droit ?

Selon Docteur Ramadan Diallo : « savoir ce que la jeunesse peut faire au cour de cette période est une question très importante d’autant plus que la Guinée est composée majoritairement de jeunes qui représente environ 65 % de la population. La question qui se pose est celle de savoir quelle devrait-être la place de la jeunesse dans cette transition pour ne plus parler d’une autre transition. Parce que s’il y a un véritable état de droit et de démocratie en Guinée, on aura plus besoin de transition car la notion de transition renvoie en réalité à une situation exceptionnelle». « Or, a-t-il insisté, la jeunesse doit être un acteur majeur de la transition. Elle devrait être le dépositaire des acquis de la transition c’est-à-dire que tout ce que nous sommes en train de faire au cours de cette transition on devrait le faire pour que le fruit (le produit fini) revienne à la jeunesse. »


Poursuivant, il rappelle également que la jeunesse est déjà dans la transition et occupe une place importante dans celle-ci : « Pour l’une des rares fois dans l’histoire de la Guinée on a un gouvernent dans lequel la jeunesse semble très bien représentée puisque beaucoup de ministres ont moins de 45 ans. De même qu’il y a beaucoup de chefs de cabinets et secrétaires généraux dans les départements qui ont moins de 40 ans, chose qui n’était pas très visible dans nos gouvernements précédents. »

Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org

« Ce sont des conférences à encourager »

Oumou Diallo, étudiante venue assister au débat, nous livre ses sentiments : « ce sont des conférences à encourager. Même les plus myopes d’esprit savent que cette jeunesse est le salut de cette république. Nous sommes une alternative. Donc nous devons avoir une compétence pour sortir ce pays de tout ce bourbier »


La Guinée accueille la 6e édition du festival international du film sur la migration

Madame Ana FONSECA, Cheffe de Mission OIM Guinée. Crédit : Alpha Oumar Baldé CC

Ce samedi 20 novembre 2021, l’Organisation Internationale pour la Migration (OIM) a procédé au lancement du festival international du film sur la migration en Afrique de l’Ouest et du Centre. Cette 6e édition s’étendra du 18 novembre au 19 décembre 2021 avec la projection de 75 films dans six grandes villes de la Guinée : Conakry, Boké, Mamou, Labé, Kankan et N’Zérékoré.

Pour cette première séance de projection, deux films étaient à l’honneur : il s’agissait d’un film produit par des volontaires Migrants as Messenger (MaM) « Une vie incertaine » et du film « Au beau milieu de l’océan » produit par Jacques Kolie.

Ce sont essentiellement des courts métrages qui parlent tous de la migration et qui sont utilisés pour informer, divertir, instruire et surtout sensibiliser sur la migration irrégulière qui – rappelons-le – est un fléau en Guinée mais aussi dans les pays de la sous-région.

C’est une initiative à encourager

« On peut toujours mieux faire, l’objectif c’est que l’on commence petit et on grandisse. On l’espère que dans quelques années on aura des films de meilleur qualité et que cela pourra relancer le cinéma guinéen » (Lucas Chandellier, Chargé Média et Communication OIM Guinée)

Lors de cette 6e cérémonie de lancement, nombreux sont les participants qui ont répondu présents à l’appel de l’OIM et de ses partenaires dont entre autres l’Organisation Guinéenne pour la Lutte contre la Migration Irrégulière (OGLMI), dont certains membres ont interprété les différents rôles du film « Une vie incertaine ». Ce court métrage d’une durée de dix minutes, malgré les moyens peu onéreux utilisés pour le produire (des smartphones), a ému la salle et a suscité beaucoup d’encouragements vis-à-vis des professionnels du 7e art qui étaient aussi conviés à cette cérémonie.

Par ce film, ces volontaires ont démontré que malgré leurs petits moyens, on peut réaliser des films et raconter des histoires qui leur ressemble.

Crédit : Alpha Oumar Baldé CC

Une matinée très riche qui a permis de promouvoir une migration sûre et digne

« Le changement commence par le cœur, le changement commence par vous »(Ana Fonseca, Cheffe de Mission OIM Guinée)

Convié également à cette cérémonie, Mr Ibrahima Chérif, conseiller chargé de mission au ministère de l’enseignement technique de la formation professionnelle et de l’emploi nous confie ses impressions :

« La migration irrégulière c’est un attentat contre la dignité humaine. […] J’aimerai que ce filmage là soit restitué dans beaucoup de centres cinématographiques de la capitale et à l’intérieur du pays. Les jeunes gens qui sont dans cette salle, les universitaires ou encore les jeunes qui ont fréquentés nos écoles professionnelles peuvent entreprendre des activités génératrices d’emploi, se prendre en charge à travers un métier ou être employés par une société. »

Et à Madame Ana Fonseca, cheffe de mission de l’OIM en Guinée de nous remercier de la présence en nous rappelant l’un des buts de cette rencontre à savoir « c’est pour soutenir les jeunes qui ont passé par la migration ou qui pensent à la migration et qui ont un talent pour s’exprimer dans les arts et aujourd’hui c’est au cinéma qu’on parle. »


[Vidéo] Mon petit message de soutien pour Wendy Galarza

Wendy, si tu reçois ce message, sache que je suis de cœur avec toi et que je te soutiens à 100 %. Continue de te battre pour les droits des femmes comme tu le fais si bien. Et j’invite tous ceux qui verront cette vidéo à faire comme moi et à signer la pétition pour te soutenir.

Wendy Galarza est une militante des droits de la femme au Mexique. Elle dénonce le sexisme et les violences dont sont victimes les femmes dans son pays.

Le 9 novembre 2020, Wendy a participé à une manifestation organisée par des collectifs féministes à Cancùn pour réclamer justice après le meurtre d’une femme connue sous le nom d’Alexis. Lorsque la manifestation a dégénéré, Wendy a essayé de fuir, mais la police l’a rattrapée et lui a tiré dessus à deux reprises. Elle s’en est sortie, miraculeusement.

Aujourd’hui, Wendy a porté plainte contre les autorités mexicaines contre la police mais le procureur de l’État ne facilite pas la procédure en mettant plusieurs mois avant de recevoir les éléments de preuve rassemblés par Wendy.

A ce jour, Wendy attend justice car les personnes qui lui ont tiré dessus n’ont toujours pas été traduites devant un tribunal. C’est pourquoi, Wendy a créé un collectif avec d’autres femmes agressées pendant la manifestation pour réclamer justice.

Grâce au courage de Wendy, nous pouvons dire NON au sexisme et au féminicide au Mexique et dans le monde. C’est pour cette raison que j’ai décidé de faire cette vidéo, ce petit message de soutien pour Wendy, afin de l’encourager dans sa lutte. Et j’espère que justice sera faite pour Wendy.

Signons la pétition suivante pour soutenir Wendy : https://www.marathon.amnestyguinee.org/mexique-exigez-la-justice-pour-wendy-galarza/ #WendyGalarza #Write4Rights #Mexico @amnesty


Alpha Oumar Baldé, lauréat du prix Oumar Daroun Bah du Meilleur Blogueur Novice

Alpha Oumar Baldé reçoit le prix OUMAR DAROUN BAH du Meilleur Blogueur Novice

Le 17 septembre 2021, j’ai été honoré par l’Association des Blogueurs de Guinée (Ablogui) qui m’a décerné le prix Oumar Daroun Bah du Meilleur Blogueur Novice.

Ce prix récompense le meilleur billet de blog sur la migration irrégulière publié sur la plateforme de l’Ablogui en collaboration avec l’UNESCO.

C’est donc avec beaucoup de joie que je partage avec tous mes lecteurs cette nouvelle et je profite de l’occasion pour vous remercier. Oui, je vous dis merci, à toutes et à tous !

Je remercie l’Ablogui et tous les partenaires techniques et financiers, dont l’UNESCO, qui ont rendu cela possible.

Je remercie aussi l’Organisation Guinéenne pour la Lutte contre la Migration Irrégulière (OGLMI) de m’avoir ouvert ses portes, ce qui m’a permis de réaliser la majorité de mes articles.

Merci à Mondoblog, la plateforme qui héberge mon blog et sur laquelle je publie mes billets.

Je remercie également ma famille et mes amis qui me soutiennent beaucoup dans mes activités et m’encouragent dans ce que je fais.

Je compte persévérer dans cette lancé car le travail bien fait est toujours reconnu et récompensé. La chance m’a souri bien sûr, et je remercie mon seigneur pour cela également !

Merci à tous et à toutes !


Coup d’état en Guinée : comment j’ai appris la nouvelle

Par World Economic Forum — Flickr: Alpha Conde – World Economic Forum Annual Meeting 2012, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=18186112

Tôt le matin du dimanche 5 septembre 2021, après que des tirs nourris ont été entendus dans les rues de Kaloum, le centre ville de Conakry, le peuple de Guinée s’est réveillé en apprenant une nouvelle qui a surpris tout le monde : Alpha Condé est capturé par les forces spéciales guinéennes ,qui revendiquent son arrestation. Quèsaco ? Qu’est-ce que c’est, UN PUTSCH, Alpha est donc parti ?! Je me suis aussi posé cette question…

Un coup de force qui a surpris tout le monde

Comme la plupart de mes compatriotes, j’ai été surpris par cette nouvelle. Je venais à peine de sortir de mon lit et espérais profiter d’un dimanche ensoleillé en ce début de septembre à Conakry quand j’ai reçu un appel de mon collègue qui m’a apprit la nouvelle : «Il y a des tirs dans Kaloum». Mais l’informateur n’en savait pas d’avantage que l’informé (moi) !

J’ai décidé d’ouvrir alors mon vieil ordinateur et de lancer ma connexion internet pour vérifier ce qui se disait sur les réseaux-sociaux et sur mes canaux de discussions habituels. L’info était là, mais elle était tellement brute qu’il fallait la vérifier pour savoir si elle était crédible ou non : ALPHA SERAIT CERNÉ PAR LES FORCES SPÉCIALES. Plusieurs médias parlaient déjà de tentatives de coup d’état en cours en Guinée ! Hum, d’accord ! Allons-y seulement…

Plus tard, nous découvrons sur la radio télévision publique guinéenne (RTG) le colonel Mamady Domboya. Commandant des forces spéciales de l’armée guinéenne et nouvel homme fort de Guinée, il annonçait la création d’un Comité national pour le redressement et le développement (CNRD), la dissolution de tout le gouvernement, la suspension de la Constitution, etc.

OK, cela devenait un peu plus clair pour moi…

Des scènes de liesse dans la capitale

Après l’annonce de cette arrestation à la télévision nationale, on a assisté à des scènes de liesses au sein de la population.

Dans certains quartiers de Conakry, des scènes de liesse ont été filmées. Sur ces vidéos qui circulent sur les réseaux-sociaux, on aperçoit des militaires putschistes acclamés par une partie de la population . La fin du règne de Alpha Condé est donc ressentie comme un « ouf » de soulagement pour certains guinéens qui n’hésitent pas à venir manifester leur joie aux abords des routes, en acclamant les militaires de passage.

Cet événement intervient au cœur du troisième mandat consécutif d’Alpha Condé. Il faut dire que son image s’est largement écornée ces derniers temps et n’avait plus rien avoir avec celle qu’il l’a menée au pouvoir en 2010 alors qu’il était opposant historique. D’où les scènes de liesse auxquelles on a pu assister dans les rues de Conakry.

Et les rumeurs circulent plus vite que l’éclair

Dimanche matin, des rumeurs circulaient sur l’arrestation d’Alpha Condé. D’aucun me dirait, les rumeurs, qu’est-ce qu’elles ont a faire dans tout ça ? Il faut laisser les rumeurs de côté, elles ne sont pas crédibles. Oui, mais en temps de troubles, la présence de rumeurs s’explique :

Les rumeurs ont toujours une longueur d’avance sur les médias, parce-que les médias prennent du temps pour vérifier les informations avant de les partager. En revanche, il faut se méfier de l’information transmise par les rumeurs, car ce n’est pas de l’information, c’est simplement ce que chacun répète, sans rien vérifier… D’où l’absence de crédibilité des rumeurs.

Et ça ne s’arrête pas là, les rumeurs continuent, elles font leur bonhomme de chemin en colportant telles ou telles informations plus ou moins véridiques, souvent très exagérées, voire même erronées.

Alors, pour terminer, en cette période de trouble politique du au remue-ménage dans le palais Sékoutouréya, le seul conseil que j’ai à vous prodiguer c’est : méfiez-vous des rumeurs ! Il faut toujours vérifier les rumeurs qui circulent et aller à la source de l’information, car les informations véhiculées par les rumeurs sont souvent exagérées et pleine d’erreurs, donc à prendre avec des pincettes.


[Podcast] Oh toi jeune !

Oh toi jeune !

Avenir de ton pays, joyau de ta nation

Pourquoi choisir le chemin du désert ou celui de la mer

Juste parce que tu crois… Que la meilleure vie se trouve de l’autre côté

Oh toi jeune !

Joyau de ta nation, avenir de ton continent

Si tu ne sais pas c’est quoi l’Europe, demande moi

Je te dirai

Parce que je me suis inscrite en prophétesse pour mon continent…


Oumou Koultoumy Bah : « Je sais que vous avez sûrement beaucoup de motivation pour partir… mais je vous assure, on peut réussir chez nous! »

Oumou Koultoumy Bah est une jeune étudiante de 18 ans qui fait sa Licence 2 Sciences du langage à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia (UGLC-S). Comme les jeunes de son âge, elle a subi les conséquences de cette migration irrégulière sur son entourage : elle a perdu son ami. Et aujourd’hui elle se sent triste et révoltée. Elle accepte de nous en parler :

Connaissez-vous des personnes qui sont parties en Europe de manière clandestine ?

Je connais personnellement des personnes qui sont parties, et j’ai entendu des récits de parcours d’autres jeunes.

Mon ami par exemple, qui a fini sa licence ici mais qui n’arrivait pas à trouver de boulot. Du coup, il se débrouillait à Madina. C’est lui qui payait la scolarité de son petit frère. Il a aussi ouvert une petite boutique pour sa maman. Mais il a prit ses économies et est parti pour l’Europe.

Pouvez-vous un peu nous raconter son histoire ?

En juin ou juillet 2021, pour la première fois, il est allé au Maroc mais il n’a pas pu traverser. Il a été rapatrié au pays.

Ensuite, il est reparti pour une deuxième fois au Maroc. Et c’est durant son deuxième voyage là qu’il a péri dans la mer Méditerranée, avec deux de ses amis.

Ses parents ont reçu un appel d’un inconnu, parce que l’un de ses compagnons de voyage avait laissé son numéro pour prévenir ses parents au cas où ils leur arriveraient malheur. C’est comme ça qu’ils ont appris la nouvelle de sa mort.

Quels sentiments éprouvez-vous suite à la perte de votre ami en méditerranée et pourquoi ?

J’éprouve un sentiment de tristesse, de frustration et aussi de colère !

De la colère parce que ce jeune avait des ambitions, pas seulement pour son pays mais aussi pour sa famille. Il avait déjà fini d’étudier. Il avait une licence. S’il est parti c’est parce qu’il n’a vraiment pas trouvé d’autres solutions : il était désespéré. Il n’a pas trouvé de travail et je vous assure qu’il était parmi les meilleurs de sa promotion. Depuis le lycée, il s’était bien démarqué et il avait d’excellentes notes, ce qui lui a valu d’être très bien classé au baccalauréat.

Avec ce qu’il gagnait à Madina, ça ne subvenait pas à tous ses besoins car il avait une famille à charge. Et c’est vraiment révoltant de voir que tu te bats, tu étudies, tu as ton diplôme, tu as vraiment tout donné pour tes études … Et finalement tu n’as aucune solution, donc tu es obligé de partir. Aller vers un itinéraire que toi-même tu ne connais pas. Si tu n’arrive pas à passer, c’est vraiment l’enfer. C’est révoltant.

L’Europe ou les pays européens ont-ils tort de refouler tous ces jeunes migrants ?

Encore une fois : c’est révoltant et vraiment frustrant ! Parce qu’ils sont en train de traiter ces jeunes comme si ce n’étaient que des objets ou des animaux dont ils n’avaient pas besoin. Du coup ils prennent pour prétexte le manque d’autorisations de séjour légal sur leurs territoires pour les refouler. Ces jeunes migrants sont refoulés, rejetés, à la mer ou à leurs frontières.

Pourquoi pas eux, pourquoi ne pas laisser entrer ces jeunes migrants qui ont tout sacrifié pour venir mourir aux frontières des pays européens ? Pourquoi ne pas leur laisser au moins une opportunité de réussite en Europe ?

Que pensez-vous des femmes qui traversent la Méditerranée pour rejoindre l’Europe ?

Concernant les femmes et filles qui se dirigent vers l’Europe en immigration irrégulière, à travers le désert et la Méditerranée, certains affirment que ces femmes vont là-bas pour se prostituer ou que la plupart du temps, elles utilisent leurs corps pour réussir. Mais vous savez très bien que l’immigration irrégulière est avant tout causée par le désespoir. C’est une vraie motivation qu’elles ont quand elles optent pour l’aventure. C’est des problèmes familiaux, c’est des divorces, c’est parce qu’elles n’ont pas réussi à poursuivre leurs études… Donc elles partent. Et ça prouve aussi que ces femmes sont capables de faire exactement tout ce que les hommes peuvent faire. 

Si les garçons peuvent affronter le désert, les filles en font autant ! Parce qu’on a vu des femmes qui traversent aussi cette Méditerranée. Je ne dirai pas que je les y encourage, parce que c’est se jeter dans la gueule du loup. Mais quand je les vois brandissant leurs écharpes et disant : « J’ai traversé le désert, j’ai traversé la Méditerranée » parmi d’autres garçons, franchement je suis fière. Et je pense que ces filles-là ne devraient pas être négligées, parce que c’est vraiment une source d’inspiration et de réussite pour leurs pays d’origine.

Quel message avez-vous à lancer à l’égard de toutes celles et ceux qui veulent partir via la migration irrégulière ?

Le message que je vais lancer à ces jeunes qui veulent y aller est le suivant.

Je sais que vous avez sûrement beaucoup de motivations. Actuellement chaque jeune guinéen a un problème, il a un souci, il est vraiment découragé à cause de quelque chose. Mais je vous assure : on peut réussir chez nous. On peut trouver d’autres solutions de réussite, autre que celle qui consiste à aller se jeter dans une mer agitée ou aller se confronter au désert. Cela brise notre âme, ça peut affecter profondément notre personnalité. Je connais des jeunes qui ont eu des problèmes psychologiques à cause des épreuves qu’ils ont subies. D’autres sont morts en essayant de traverser le désert et la Méditerranée. Je pense que s’ils étaient restés au pays et avaient développé d’autres alternatives, autres que ce qu’ils ont appris à l’université, l’entreprenariat ou l’agriculture et la pêche par exemple, cela aurait rapporté plus. Je pense que quand tu arrives en Europe, il y a aussi des procédures à suivre avant de s’intégrer. Il faut rester dans les camps pour migrants et perdre des mois voire des années avant de pouvoir être admis sur le territoire d’accueil.

Quant à ceux qui ont choisi de rester au pays, trouvez un moyen de faire revenir ceux qui sont partis là-bas (en Europe) en travaillant et en vous investissant pour la bonne réussite dans votre pays.

Avez-vous des ambitions d’aller en Europe ?

Actuellement ma seule ambition c’est d’aller me former. Pourquoi ? Parce que je pense que les cours que nous recevons ici dans nos universités en Guinée, surtout à Sonfonia, sont médiocres. Ce que j’ai appris sur la Licence que je fais, je ne l’ai pas appris dans les classes de Sonfonia mais sur des cours que j’ai eu à travers des sites web internationaux, ou bien sur YouTube. Donc c’est vraiment décevant. Et je vous dis que je ne suis pas la seule. Et nous, nous n’allons pas y aller de manière clandestine en Europe. La Guinée a besoin de moi, donc mon sacrifice dans la Méditerranée n’est vraiment pas le mieux que puisse offrir. C’est pour ça que je reste…