Dans un taxi de Conakry (2)

Un taxi de Conakry, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org

Un taxi de Conakry, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org

Tous les chemins mènent à Rome

Il est 7h30 et je suis encore au bord de cette ruelle étroite de Conakry. Les taxis sont très prisés et chaque véhicule qui passe est déjà très chargé en passagers. A cette heure de pointe, c’est surtout les fonctionnaires, les élèves, étudiants et aussi les commerçants qui occupent les abords des routes.

« Il faut que je gagne un taxi » : cette voix, tenace, provient de mon subconscient qui ne cesse de me marteler l’esprit. Je dois faire vite car j’ai une importante évaluation à passer. Alors je fais de mon mieux avec mon bras levé et le doigt qui indique quel axe je voudrais emprunter – comme il est de coutume ici dans la capitale guinéenne… Finalement, j’obtiens mon taxi sans trop de bousculade.

Je me suis installé – à vrai dire « coincé » – à la banquette arrière, là, à côté d’autres passagers. Impossible de se faire entendre, impossible donc pour moi de saluer à cause de cette musique assourdissante. Mais apparemment cela plaisait bien à certains. Je les voyais remuer légèrement la tête mais aussi les pouces !

« J’ai pas de monnaie » cria le chauffeur. Là aussi, je ne dis mot car de toutes les façons il n’entendrait pas et je n’avais pas l’intention de crier à mon tour. Mais par contre je vérifiais mon calepin et heureusement tout était en ordre pour mon arrivée à destination : j’avais de la monnaie.

Débordant d’énergie, casquette à l’envers, ce jeune taximan se fiche pas mal du code vestimentaire et pas que : serviette salle autour du cou ; sa chemise – verte – était déchirée par endroits et il portait une culotte bleue qui laissait entrevoir ses genoux minces (ou maigres je n’en suis pas sure). Quant à ses pieds, ils étaient très actifs dans ses ‘’Pouff’’ de couleurs roses. Ce jeune taximan conduisait comme dans une compétition. Il démarra au quart de tour et déjà il doubla quelques voitures qui nous avaient dépassées durant ce laps de temps d’arrêt qui m’a permis de monter à bord. Et Maintenant nous roulons tantôt au beau milieu de la route, tantôt sur le trottoir : « Tous les chemins mènent à Rome » !

‘’Nous’’ 

Peut-être que oui, je devrais dire « nous » puisque je n’ai pas protesté et eux non plus d’ailleurs (les passagers). Donc « nous » étions les propriétaires de cette route, les seuls usagers qui ont droit à tout.

Alors, nous progressions malgré l’embouteillage sur notre seconde ligne que nous avions créée en incitant d’autres véhicules qui suivaient peu à peu notre bel exemple. Comme si cela ne suffisait pas, parfois, nous faisions quelques détours du côté de chez nos amis ‘’les piétons’’ qui nous insultaient de tous les mots.

Je le dis bien : je ne tenais pas le volant et les passagers non plus mais « nous » progressions malgré l’embouteillage. Donc toutes les infractions commises jusque-là, c’est ‘’lui’’ (le taximan) qui les a commises :

-excès de vitesse ;

-conduite dangereuse ;

– non-respect du code de la route ;

– circulation en sens interdit et même sur l’espace piéton

– comme les panneaux de signalisation ne marchent plus, sinon, j’ajouterais aussi : « il a grillé un feu ! »

Attention aux bonnets noirs

Nous arrivons à un carrefour et les  bonnets noirs des policiers se profilent à l’horizon. Notre taximan s’active dans ses ‘’Pouff’’ roses pour retourner sur la ligne. Les voitures qui nous talonnaient en font autant : la seconde ligne se dissipa comme par enchantement. Notre cortège s’était rompu, chacun regagnant la position légale…

Une main posée sur le boîtier de vitesse et l’autre sur le volant, la serviette qui aspirait la sueur qui perlait de son cou ; le chauffeur se réveilla aussitôt que nous dépassions les hommes en uniformes et recommença sa course effrénée.

Le signal du départ était quand le policier gonfla ses joues d’air et souffla énergiquement dans son sifflet. Il tendit ensuite son bras vers la voie libre ; il nous disait clairement par ce geste majestueux : vous pouvez y aller.

Égoïsme, vitesse et précipitation

Le départ est autorisé. Les moteurs qui ronronnaient jusque-là sont enfin libérés et chacun se précipite pour passer le premier. Moi d’abord, « moi premier ». Personne ne veut céder le passage à son prochain.

Notre chauffeur de taxi était parmi les premiers à se lancer. Il bloqua le passage à ses adversaire et se faufila entre deux voitures personnelles dont l’une d’entre elles lui jeta quelque mots à l’oreille : « fou-le-camp ! ». Et à ces mots il répondit : « In cognaï » (on cogne)… Il passa tout près du véhicule de ce homme en cravate noire qui venait de lui lancer ces mots puis se rapprocha très près de lui ; si près qu’il effleura le rétroviseur de celui-ci pour enfin continuer sa route-oups, notre route […]

 

Tels sont les événements qui se sont passés dans ce taxi qui m’a conduit à la fac lors de ma dernière évaluation. Mon cœur ratait un battement à chaque manœuvre risquée de notre chauffeur de taxi. Je ne disais mot ; je ne protestais pas. Moi qui avais l’habitude de faire des reproches aux chauffeurs de taxi quand ceux-ci font de l’extravagance sur la route. Ce matin-là je ne l’avais pas fait, ce matin-là j’étais complice. Complice de celui qui m’a évité de venir en retard pour mon évaluation. Heureusement pour lui que j’étais en retards sinon il aurait eu affaire avec moi….

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