Le symbole

Un symbole, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org

Un symbole, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org

La récréation terminée, Mr Camara entre dans sa classe de 4ème année (CM1) muni d’un nouvel objet tout à fait particulier : c’est une corne de vache. Mais l’ayant un petit peu relooké et rafistolé à l’aide d’une corde, cette vieille corne ressemble maintenant à un collier. Les enfants ne sont pas dupes, ils savent que ça se porte autour du cou !

Mr Camara s’adressa à ses élèves pour leur présenter le nouvel objet – ou si vous préférez – outil de classe :

  • « Bonjour les enfants ! voici ‘’le symbole’’. Désormais, quiconque s’exprime en langue vernaculaire sera obligé de le porter jusqu’à la fin de l’heure. Mais si l’un de vous s’exprime à son tour en langue vernaculaire, alors ce dernier le remplacera. Bien, commençons notre leçon, mais avant déposer d’abord vos ‘’Devoirs de maisons’’ ».

Moussa avait oublié de traiter son ‘’Devoir’’. Pris de panique, il articula une série de mots en langue vernaculaire. Des mots assez audibles qui parvinrent à l’oreille de son maître de classe. Celui-ci réagit immédiatement :

  • «  Voilà ! Nous avons notre 1er puni ; viens ici pour que je t’offre mon collier. Que cela serve de leçon à tout le monde : pas de langue vernaculaire en classe ».

Honteux, le petit Moussa accepta son cadeau en fermant les yeux puis retourna à sa place. Le cours débuta…

Tandis que le maître de classe recopiait la leçon du jour au tableau, un bout de papier atterrissait sur le table-banc de Moussa. Son camarade l’avertit : « ne l’ouvre pas ». Mais il ignora son conseil et l’ouvrit quand-même. Il y était mentionné : ‘’M’bouuu !’’ (Cri de la vache).

Des éclats de rire secouèrent la petite classe. Des moqueries s’en suivirent qui mirent Moussa en rage. Il grogna plus qu’il ne parla quand il opta pour des menaces comme seul moyen de défense. Mais toutes les menaces qu’il proférait ne faisaient que galvaniser ses camarades de classe. Grimaces et cris d’animaux redoublèrent d’intensité. Finalement, Moussa se résigna et se tut.

Dans cette jungle de classe, Mamadou – un de ses camarades – laissa échapper un autre mot en langue vernaculaire. Oups ! Moussa est sauvé. Il ôta rapidement son collier et le tendit à son ami de classe : « tu as parlé » !

La classe riait de nouveau mais cette fois-ci aucun d’entre eux ne disait mot, par crainte de laisser échapper un autre mot en langue vernaculaire.

Le maître de classe intervenait pour calmer les enfants : « silence, silence ! Mamadou, c’est à ton tour de le porter ». Puis le silence s’installa progressivement.

Précaire au début, le silence est maintenant de cimetière. Il est si bien observé par les élèves qu’il était possible d’entendre au loin les classes de maternelles – pourtant très distantes – chanter.

Le maître de classe fut surpris du fait que, pour la première fois, son ordre de garder le silence était respecté à la lettre par ses élèves. Il en était ravi et secouait – par réflexe – ses longues jambes sous son bureau.

Les enfants ne craignaient pas leur maître ; loin de là. Ce qu’il redoutait c’était ce gros ‘’gri-gri’’ qui circulait d’un cou à l’autre. Ils ne parlaient plus mais chuchotaient, n’hésitant pas à se pencher à l’oreille de leur interlocuteur pour se faire entendre par celui-ci.

Et maintenant que la classe était silencieuse, nul besoin de distribuer des fessées aux ‘’bavards’’. Les listes des bavards, moyen de garder une classe calme, n’ont plus d’utilité. Le maître de classe avait, sans s’en rendre compte, emmené le remède miracle.

‘’Le symbole’’ faisait d’une pierre deux coup : la classe était silencieuse et, en prime, il n’y avait plus de langues vernaculaires. C’était magique !

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